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SYiNUU.AiJ', A i.uui'lvKAiiVE

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Encyclopédie Socialiste

SYNDICALE ET COOPÉRATIVE de l'Internationale Ouvrière

Tous droits réservés pour tous les pays

y compris la Hollande et la Scandinavie.

Copyright by Aristide QUILLET, éditeur, Paris, 1912.

Encyclopédie Socialiste

Syndicale et Coopérative

de l'Internationale Ouvrière

oubliée sous la direclion technique de

COMPÉRE-MOREL

AVEC LA COLLABOHA1 ION DK

BRACKE, député, P. BRIZON, député, HUBERT-ROUGER, députe,

JEAN LONGUET, de "l'Humanité",

PAUL LOUIS, CHARLES RAPPOPORT, SIXTE-QUENIN, député,

J.-B. SÉVERAC, du " Mouvement Socialiste",

de nombreux Sccictïirc^ de Bourses du Travail, ;c Fédérations

Socialistes, de Syndicats et Coopératives

et de iiiiliiants de tous les Partis socialistes du monde entier.

DIBKCTEUR-PHOPAGATF.UR :

JEAN-LORRIS

Toute la Pensée Socialiste. =

Toute l'Action Ouvrière

Aristide QUILLET

KDITF.IH

278, Boulevard Saint-Germain, 278

PAKIS

MAY 2" îm

MAY 2^* 1977

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LA REVOLUTION SOCIALE

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CHARLES RAPPOPORT

La Rci'olution sociale le mot comme la chose est tout à la fois si diversement jugée par nos adversaires et si dijjcreminent interprétée par nos amis, qu'il nous a paru nécessaire d'y consacrer tout u)i volume de notre luicyclo- pédic.

'frop souT'cnt la violence étant confondue avec la Révolu- tion et celle-ci opposée à l'Evolution, on s'est fait de la Révo- lution une idée totalement fausse et une conception complè- tement inexacte.

.lussi, avons-nous poisc roidre seri'ice à la propagande socialiste en donnatit à nos lecteurs les ))ioyens de se faire une notion e.vacte et réelle de ce qu'est une Révolutioii.

Pour cela faire, )ious leur faisoiis u)i historique aussi précis que possible tout en étant concis de tous les moui'C- ments populaires ijui o)it remué et soulez'é les masses, depuis les révoltes inconscientes des esclai'cs roniains jusqu'à l'im- mortelle Commune de 1871, en passant par Ui Guerre des Paysans, la Révolution de 17S9 (7 celle de 1S48. /:/ si nous nous efforçons de faire rei'ivre Babeuf pour eux, Babeuf le conspirateur révolutionnaire dont ofi ne connaît pas assec les vigoureuses critiijues sur la propriété, contre le milita- risfne et contre la guerre: si nous essayons de faire con- naître et apprécier l'esprit politique, la grande noblesse de caractère et l'âpre conibatii'ité du héri)s révolutionnaire du MX'"; de Bhuuini : si nous tâchons de retracer l'admirable épopée insurrcctiomielle que fut la L'o)nmune de Paris, sans laquelle nous n'aurions pas eu la République en Prance. nous nous gardons bien d'oublier d'exposer, aussi longue- ment (jue possible, i/uelles sont les conditions nécessaires Ci la réussite de toute Résolution sociale, et pourquoi et connnent la violence des facteurs révolutionnaires décroit, disparait, au

jiir il il mcsitrr que leur ci))isciriicr de classe s'accroît et se déreïopf^e.

Mettant en parallèle la théorie indiridnalîste de la Révo- lution el notre eo}ieeption de l'action révolutionnaire d'en- semble et de masse en faisa)ii e.vposer V anarchismc indi- vidualiste par l\\\m\\\Q Marx Stirner et l'anarchisme commu- niste par le puissant agitateur Bakounine, pour y répondre ensuite en leur opposant l'immuable loi de la majorité qui a toujours joué le premier rôle da)is l'histoire nous nous e.vplii]uo)is sur la conception matérialiste de la Révolution sociale, qui ne peut être et ne sera juridiquement possible, qu'autant que sa réalisation consistera tout bonnement à con- sacrer juridiquement un ordre de chose déjà établi dans les doinaines de la production et de l'écJiange.

D'un autre côté, nous essayons de démontrer qu'en fait l'Evolution n'exclue pas la Révolution, et qu'au point de vue social, co)nme au point de vue naturel, la théorie catas- trophique ne remplace pas plus la théorie évolutionniste que la théorie évolutionniste ne remplace la théorie catastrophique. En vérité, ces théories se complètent si bien l'une l'autre, qu'il est aussi difficile de concevoir le coup de main final, la catastrophe dernière, sans l'évolution préalable des formes de propriété et de production que de pouvoir songer à l'avène- ment d'un monde nouveau sans la crise révolutionnaire der- nière, par le seul fait d'une saturation socialiste persistante des organismes économique et politique de la classe bour- geoise.

Si, à côté de cela, on ajoute de nombreuses et intéressantes pages sur le « révisionnisme » de Bernstein, que nous avons fait suivre d'une réfutation de Kautsky, et les meilleures pages de la « Révolution sociale » dues à la plume de ce puis- sant et pénétrant théoricien marxiste, les lecteurs de /'Ency- clopédie comprendront à l'avance tout l'intérêt et le charme qu'il y aura pour eux de lire et de relire « La Révolution Sociale ».

COMPÈRK-MORKI..

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Le Trionr

de l'Ordre.

I M i K M I K m-: PARTIE

QUTST-CE QU'UNE REVOLUTION?

IV

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CHAlM'rRl{ rKKAllKR

MOI.ENCK ET RÉVOLUTION

I. La Révolution.

L'opinion courante, pour ne pas dire vulgaire, identifie la Révolution avec la violence sous toutes ses formes : barrica- des, guerres de rues, fusillades, massacres, lancement de honihes. attentats, guillotine, incendies et exécutions. L'opi- nion courante ne voit (jue la surface des choses. La violence n'est pas la Révolution, v^'il en était ainsi, les Attila, les Gen- gis-Klian. les Tamerlan et les lîonaparte, les plus grands massacreurs d'hommes, seraient aussi les plus grands révo- luti(jnnaires !

D'autre part, nous parlons de ceux (jui n'ont jamais versé une goutte de sang humain : des Archimède, des Aris- tote, des Xewton, des Descartes, des Galilée, des Copernic, des Christophe Colomb, des J.-J. Rousseau, des Kani, des Hegel, des Marx, des Pasteur et des Darwin, comme de ceux qui ont rcvolittioiuïc les sciences, et nous disons, avec raison, que les in\enti(jns des Arkwright, des Watt, des Stephenson. des l\dison et de tant d'autres out rcrolutionnc la société.

Rendant des milliers d'années, disait Liebknechl la violence fut « un facteur réactionnaire ». Elle extermina des peuples entiers et dévasta des continents. IClle servit au\ peuples barbares à supprimer uu à subjuger des peuples anti- ques d'une civili.sati(jn supérieure. l\lle fut le moyen par excellence de tous les coups de force contre la liberté et des innomi)rables coups d'ICtat. l'apanage des despotes et (les tyrans. La violence accumule les ruines. Klle dégrade l'homme, éterni.se .ses haines et nourrit tous ses bas instincts. l'assimile à la brute, le rend méprisable et haïssable, sauf dans le cas de légitime défense. i|ui est celui dune vraie révolution.

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Les rcNoliiliun.s, inciiR' lurscju'clles sont acculées à repous- ser la violeuce par la violence, agissent dans le sens con- traire. l'Jles libèrent riiomnic et le relèvent à un degré supé- rieur. La Rcrolut'wn est une transfonnation radieale ou fon- damentale, un ehanijement de réc/ime, de direetion, de pr'in- eif'e. La Révolution est un aete d'énianeipation humaine et si>eiale.

Ka Révolution s'oppose, comme principe, à la réforme. laquelle n'est qu'une modification de détail, la suppression d'un abus, tandis que la Révolution est la destruction de la base même d'une forme politique et sociale arrivée à sa tni. La réforme, si utile et nécessaire qu'elle soit, n'est qu'une amélioration, tandis que la Révolution est une transformation, un changement total. La Révolution détruit et construit. La réforme répare et consolide. La Révolution fait table rase et maison neuve. La réforme met des étais à des bcâtisses chancelantes. L'Histoire est en même temps une :^uilc iiiintcrrunipue de réformes et de révolutions, mais les dernières sont des dates privilégiées, les fêtes de l'Humanité en marche \ers son émancipation.

II. D'où vient une révolution? " Inertie Sociale "

En supposant même, dit Lombroso, que l'on voulût et que l'on pût contester la loi d'inertie dans le monde organique, ou ne le pourrait certainement pas dans le monde moral.

Kn effet, on a beau croire que nous sommes en grand pro- grès, si nous établissons une carte graphique du progrès sur le globe, nous voyons à quelles misérables proportions il se réduit. On peut dire que toute l'Afrique, sauf quelques points envahis par les Aryens, l'Australie et une bonne moitié de rAméricjue, sont dans l'état préhistorique ou tout au plus dans l'état des grands empires asiatiques des premières épo- ques historiques. Dans l'Amérique du Sud, à Ha'iti, la civili-

D

sation n'a fait que changer les apparences de la vie primitive en substituant à rimmobilitc un équilibre instable qui est l)resque pire encore.

Même chez nous, dans les pays les plus civilisés, si on élimine les vieillards, les paysans, les prêtres, la plus grande partie de l'aristocratie et de la bourgeoisie des villages, tour à fait ennemis du progrès, combien restera-t-il de partisans du mouvement progressif?

I{t dans l'Europe, en Cirèce, en Espagne, en Croatie, en Sardaigne, en Corse, quelle barbarie ne dominait pas il y a peu d'années seulement? Kl nous ne voudrions pas dire qu'elle n'y domine pas encore, même dans les cercles les plus éclairés.

Xon seulement la continuité et la très grande fréquence ries cas dans lesquels l'homme, même le plus civilisé, en proie à de fortes ])assions, devient farouche (comme au temps ru choléra en Italie, des espions prussiens à Paris, de la ré\ulto ('e Talcrme cl des grèves de Dccazcville), montrent de (|uellc légère couche esi formé le vernis de notre civilisation: on i)eul même dire qu'en temps de calme, l'élude des mœurs de nos peuples ])rouve que, malgré les vissicitudes et les croi- sements, elles ont varié do bien peu depuis répof|ue barbare.

I.ijmbroso. c|ui a fait des rechcrch.cs scientifiques sur les révolutions, donne, en dehors de « l'inertie sociale ». une autre ex])licalion de la stagnation historicjue : le misonéismc. la haine du nouveau.

IIF. Misonéisme.

I.a preuve la |)lus certaine de l'extension et de la prédominance de la loi d'inertie dans le monde moral, c'est cette haine du nouveau. si peu rcniarcjuée, que nous appelons misoti^isiiw ou uéof'hobit. et qui nait <lc la diftjculté et de la répulsion que nous éprouvons quand nous (levons substituer une sensation nouvelle à une ancienne; or, cela ^cst si commun chez les animaux qu'on peut dire que c'est un carac- tère physiologique. .A la <\ù\c d'une première communication que nous

()

avons iiù\c à oc sujet dan- la k'criic Siiriilifuiiir, les faits à Tappni se sont multipliés; nous en recueillons quelques-uns.

Un singe, que Vou avait vêtu à reuropécime, étant retourné dans ses mojuagnes de la Kahylie. y fut accueilli avec horreur; tous ses compagnons le fuyaient à cause de son habillement.

Nous savons tous que les chiens aboient toujours, même sans le besoin ou le devoir de la garde, à chaque voiture qui passe par les, rues silencieuses du village ; on connaît les cas de chevaux qui s'eni- p(M-tent si le cavalier a changé la manière de se vêtir, parce qu'ils ne le reconnaissent pas.

Se'on Romanes et Delbauf, les chiens ont peur des bulK's de ^avon : « A la quatrième bulle qui éclatait, écrit ce dernier, la fureur de mon chien ne connaissait plus de bornes. »

Il en est de même dans l'enfance de l'homme; un enfant qui voit pour la première fois un visage ou un animal s'agite avec violence et cherche à se sauver ; et cela rien que par peur du nouveau ; c'est pour lia même raison que vous Je voyez même devenir féroce si vous le changez de chambre et s'effrayer à chaque meuble nouveau; on en observa qui voulaient toujours voir la même peinture et entendre la même histoire avec les mêmes termes. Malheur si on les changeait !

\^arigny raconte qu'un petit enfant de deux ans, qui lui était affec- tionné, s'éloigna de lui avec horreur quand un rhumatisme l'obligea de s'emmaiMotcr une jambe dans de l'ouate; l'enfant le regardait, soupçonneux, puis jetait des hurlements frénéticpies ; même après sa guérison, l'enfant cherchait à l'éviter et criait s'il l'approchait de trop près: ce ne fut qu'au bout de plusieurs mois, et en présence d'un tiers, qu'il consentit à l'écouter et à lui donner la main.

De même que les enfants sont misonéistes, nous voyons aussi les femmes tenir beaucoup à da religion, aux coutumes et, dans quelques régions, à la langue de fcurs ancêtres, au point qu'elles conservent un langage différent de celui des hommes lorsque ceux-ci, comme en Amérique, dans rOrénoque, chez les Abipons. ont adopté la langue des tribus voisines.

Cette haine pour le nouveafl, que l'on observe chez les enfants et chez les femmes les plus civilisées, se remarque, à plus forte raison, chez les peuples sauvages, dont la faiblesse psychique fait que. une fois certaines sensations assimilées, l'assimilation d'autres sensa- tions est empêchée, surtout si la différence est grande et s'il n'y a pas de transition, de nuance qui les rapproche. Ainsi, dans les lan- gues primitives, éléphant est bœuf avec 1rs dnits: dans la langue chinoise, les chevaux sont des grands chiens; dans le sanscrit, pour dire é table de chevaux, on emi)loie les exi)res<ions (Vé table de bœufs

1

tic chevaux: pour dire une /"«///v de i liez aux. (M1 <lit une paire de bœufs de rhr:'nux.

(Lomhroso et R. La«>chi. Le crime politique et les Révolutions. Traduction de A. B«Hichard. p. 7. 9.)

IV. Le Misonéisme des savants.

^îaiR, ainsi que je l'ai (Uiiiotitré dans VIfounne de fféuie. non seulement le> acadtniiciens qui sont, le plus souvent, de pauvres érudits. mais encore les savants de génie sont les plus ardents ad- versaires et persécuteurs du nouveau ; ils apportent une extrême énergie à repousser les nouvelles découvertes des autres, soit parce que lia saturation de leur cerveau, si je puis parler ainsi, ne leur permet pas d'autre sursaturation, soit parce que. ayant acquis une espèce de sensibilité spécifique i)our leurs propres idées, ils restent insensibles à celles des autres.

Ainsi. Schopcnhauer. qui fut cepenilant un des plus grands re- belles en philosophie, n'eut que des paroles de pitié et de mépris pour les révolutionnaires.

l'Vtdéric II, qui inaugurait une politique allemande et qui voulait susciter une littérature et un art nationaux, ne soupçonna même pas la valeur de Herdcr. de Klopstock, de Lessing. de Gtethe (Revue des Peux-Mondes. iS.^3, p. qj) ; pour la même raison, il avait une telle horreur de changer de vêtements (pi'il n'en eut jamais plu< de deux ou trois à la fois dans sa vie. Rossini ne voulut jamais aller en chemin de fer: Xapoléon repoussa la vapeur: Hacon railla Ciilbcrt et Copernic: il ne crut pas à l'applicabilité des inniruments ni même des mathématiques en sciences exactes! (/>m/»rr, Histoire du .Mou'irineiil intellectuel de l'IloiiNne. III. jStt); Haudelaire et \o- dier haïssaient les libres-penseur^ U\ei'ue IHeue. ii^)j. p. 17.)

\'o!taire niait les fossiles e' tour, Darwin niait répoque de la pierre et rhy|>notismr. comnu K-iUin et Quatr' ' ii l'exis- tence des météorites, parce (|ue, tlisait-il (aux a;»; -;...nts una- nimes des académiciens), i\ ne peut pas toml>cr de pierres du ciel, vu (ju'au ciel il n'y a pas «le pierres: Hiot niait la théorie de l'on- dulati«)n (Lonibroso. L'Honnne de ijéuie, Alcan, Paris, |88<)V Galilée, qui avait découvert que l'air est pesant, niait pourtant, dans ses dernières années, l'effet de la pression atmosphérique sur les li(|uides.

(f,om'" •! R. Laschi. Hud, p. 22-2^^.)

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V. L'Inertie sociale et le IVIisonèisme ne sont pas des explications.

Ce sdiil <U's ronslatalion^. T/liommc, dit f.omhroso, a linriTiir (lu iii(iii\ niniii. du iiousoan. Il est rriiiiciiii lu'- des rc-- \olutions, AJais coninieni expliquer que les révolutions soient si fré(juentes dans l'Histoire? D'où cette haine du nouveau? Lonihroso, tout naturaliste qu'il est, est en même temps tri- butaire de la conception idéaliste de l'Histoire, et il relègue comme tel, toutes les énigmes historiques dans la mystérieuse « nature humaine », qui est pourtant fréquemment chan- geante et demande, elle aussi, à être expliquée.

La « haine du nouveau » s'explique tout simplement par ce fait que l'homme d'un milieu déterminé, d'une classe sociale donnée, n'a pas intérêt ait changetncnt, au nouveau. Il ar- rive aussi que cet intérêt n'est pas suffisamment élucidé, mis en évidence par les circonstances ou par l'influence de l'édu- cation. L'homme aime le nouveau qui lui apporte un' sou- lagement, un mieux-être.

Le misonéisme et l'inertie sociale se trouvent le plus souvent dans les classes dominantes et privilégiées qui ont, au moins momentanément, tout à perdre et rien à gagner au change- ment, au nou\eau. Elles sont misonéistes par intérêt, des inisoncistcs couscioits.

■Chez le peuple,' qui ne peut que gagner au changement, le misonéisme est un état passager, explicable par l'ignorance de son intérêt, ignorance involontaire, maintenue par le soin des classes qui le gouvernent et dans leur propre intérêt.

Cette haine du nouveau a souvent une portée sociale et ])résente une nécessité historique. Lorsque les conditions d'un nouveau régime ne sont pas encore réalisées, que les forces nouvelles capables de le faire vivre sont encore en voie de formation l'instinct de conservation de toute la société ré-

clame le mainiicn de rancicn. Uiiand la nuuveile maison so- ciale est encore en construction, on est bien oblige de garder la vieille ma^^nrc malsrré ses inconvénients.

VI. Explication idéologique de la Révolution.

Pour l'idéologue (jui fait surgir les événements des idées et des opinions, des qualités morales ou immorales des indi- vidus, la Révolution est le produit d'une nature dépravée, d'un mauvais vouloir, d'un instinct indompté. Socrate croyait (fiie les révolutions provenaient de ce que rien ici bas n'est durable, et que. à certaines époques, naissent des hommes vicieux et radicalement incorrigibles. Aristote, qui le cite, ajoute : « Cela est vrai, parce qu'il y a des hommes uattt- rcUciiicut incapables de devenir vertueux et de recevoir de l'éducation; mais jiourfiuoi, demande-t-il, ce< r/x oliitJMn- arrivent-elles sous un gouvernement parfait ? •>

Mais est le « gouvernement parfait » qui ne se base- rait que sur les intérêts et les désirs mis en harmonie, sur les intérêts généraux de tous et de chacun? Jusqu'ici toutes les sociétés humaines contiennent des éléments antagonitiues. en lutte les uns contre les autres pour rai)propriation des moyens d'existence et de jouissance. Le même Aristote attri- bue ailleurs les révolutions aux inégalités sociales et écono- miques existantes. Il est donc tour «î tour idéaliste et réaliste, ainsi (jue Saint-Simon, Charles Fourier. Trondhon et tant d'autres. Ce fait prouve combien il est difficile de penser d'une façon méthodique, en apî)li(iuant partout le même prin- cipe reconnu juste, ainsi (|ue l'a fait K Afiry •,x,.,- iim,» inflexibilité admirable.

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VII. H. Taine et la Révolution.

Le cclùhrc aulciir des Origines de la Franee eontemporaine est le représentant-type de hi doctrine contre-révolutionnaire. Il a la liainc de la Révolution, l'.t il accumule contre elle des monceaux d'actes de violence, i)our la compromettre, pour la déshonorer. Il oublie que ce sont les fils de l'Ancien Régime, les liommes ([ui ont grandi, (jui ont été élevés dans cet an- cien régime. (|ui ont commis des violences sou^'ent injr^tifiées et, par conséquent, criminelles. Rien n'est aussi contraire au véritable révolutionnaire, à l'homme nouveau, partisan de la justice politique et sociale, c'est-à-dire d'une forme politique et sociale supérieure, que la violence brutale. Le révolution- naire a le culte de l'homme, le culte de la vie, de la dignité humaine. S'il emploie la violence, c'est à son corps défendant et forcé par la violence contre-révolutionnaire, qui, elle, ne cesse jamais, puisqu'elle est chronique, de tous les joUrs, de tous les instants, toujours là, guettant le novateur pour l 'abattre impitoyablement,

Taine, en véritable idéologue conservateur, identifie l'es- ])rit ré\()lutionnaire avec l'esprit dogmatique, géométrique, l)roduit de l'éducation classique et verbale. Toujours l'Idée et la Xature humaines appelées à tout expliquer !

V\\ autre philosophe, Charles Renouvier, plus libéral que Taine a fait une excellente réponse aUx sophismes contre-ré- volutionnaires de Taine. La voici :

Il s'irrite contre les événements, au delà même de ce que ferait un historien qui ne les croirait point nécessaires, et s'attribuerait le droit de traiter avec sévérité les hommes qui ont mal usé de leurs talents et de leur autorité. Dans son premier volume, qui traite de l'Ancien Régime, il démontre avec autant de vigueur que d'éloquence que les institutions de la France n'étaient plus viables: (lue la Révolution était fatale. Puis il incrimine, comme la cause iinncii):ilc iV\\^^ bouleversement qui arracha la nation à ses habitudes

M

séculaires, quoi? 1' a esprit classique ». Les progrès de cet esprit, depuis la Renaissance, ont été cependant inséparables de ceux de l'esprit scientifique, auquel il applaudit : ils sont l'un et l'autre ceux <k' la raison. 11 voudrait que la méthode empirique eût été seule en faveur auprès du puljlic et des hommes d'Etat, et qu'on n'eût jamais entrepris de conformer les institutions à la raison; mais en cela il se met en opposition, lui, philosophe déterministe, avec mie évolution séculaire de l'esprit humain, dont lui-même accepte beaucoup d'effets nécessaires. Quand il passe, dans son secon<l et dans son troisième volume, à l'histoire de la Révolution, il s'in- digne violennnent, et s'exaspère contre des événements dont il a >i bien reconnu les causes. 11 en présente, avec des procédés de rhéteur, avec de savants efïets d'accumulation et de concentration des faits, le même tableau qu'en pourrait peindre un auteur qui ne Noutlrait (ju'exciter les i)assions haineuses des amis du passé et servir des intérêts de parti. Comment n'a-t-il pas senti que la froi- deur de Stendhal, un <le ses maitrc^, était la vraie méthode esthé- tiipie à appliquer par un p.'^ychologue empiriste et nécessiiarien à la narration des événements; que, si lui-même en suivait une autre, l-rofondément difTérente, c'est (lu'il puisait ses jugements passionnés dans la secrète conscience, la possibilité d'un cours de l'histoire, les résolutions des hommes auraient pris d'autres «JirectiotK f|uc Celles dont il a dépendu?

(f'/iilosof'hir analytique ilc II listairr. par Ch. Reiiouvier. p. 33^^- 3.U (i^)7. Tome 1\').

C'est encore Taine. Ihisiurien eoiiseiencieiix et bien in- formé. (|iii réfute le mieux 'Paine le i)hilosoi)he. le criliciue aecrhe de la Kévolulion ei le conservateur social a])curé. C)n n'a ({u'À lire les paires eliarj^ées de faits 011 il décrit la disette cfïrayanle et les mille misère^^ <lu peuple à la veille de hi prise de la Uastille. La Kévolulion se justitie par de lonçs siècles (le mi-;rre ]>opulaire. d'oppression nobiliaire.

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CHAPITRE II

J'AOLI riON IVV RÉVOLUTION

I. Révolution et '' coups de main "

Les partisans de la légalité quand même mettent dans la bouche des révolutionnaires des stupidités dont ils n'onl, naturellement, que trop facilement raison. Les révolution- naires, disent-ils, croient que la révolution sociale sera le ré- sultat d'il II coup (le niabi, d'une écb.auffourée avec la police, ou, mieux, pour employer une expression favorite, d'u'i (( coup de baguette magique ». Les révolutionnaires sont trii- vcstis en mages sociaux, en faiseurs de miracles. Et les réalis- tes de la légalité en tiiéoriiv très idéalistes ne manquent jamais l'occasion d'afficher un mépris souverain pour ces rêveurs de eatastro plies impossibles. Eux seuls sont en ac- cord complet avec la science moderne, basée sur l'idée de l'évolution. Les révolutionnaires sont des romantic|ues, des attardés, en un mot des utopistes. Bernstein n'a-t-il pas dit que }^Iarx lui-même fut souvent un vulgaire blanquiste?

Quelle est la réalité? ,

Constatons d'abord que tous les grands maîtres du socia- lisme contemporain, ceux-là mêmes qui y ont introduit l'idée de l'Evolution, qui en ont, en quek[uc sorte, saturé les es- ])rits, Karl Marx, Frédéric Engels, Ferdinand Lassalle, l'ierre Lavroff, furent pendant toute leur vie des révolution- naires convaincus. C'est un fait indéniable. Et nous le prou- verons.

On a comparé l'œuvre sociale de Karl Marx à celle de Dar- win dans le domaine de la nature. En efifet, son œuvre clas- sique, le Manifeste, le seul, peut-être, de livres de notre

i3 -

Iciiips (jui cunticiinc, sous une furiiie lai^si restreinte (une trentaine de paj^es), tant d'idées géniales et fécondes, déve- loppe tout un système d'évolution de la société capitaliste. Dans le Manifeste, nous voyons le socialisme sortir, par la seule force des choses, des entrailles mêmes de la société ca- l)italiste. C'est le capitalisme lui-même qui produit son pro- pre « fossoyeur », le prolétariat organisé en parti de classe.

(Jr, le M 0)1 if este se termine par la déclaration ultra-révo- lutionnaire (juc \ oici :

« Kes communistes considèrent comme indigne de dissi- muler leurs conceptions et leurs desseins. Ils déclarent fran- chement (jue leur but ne saurait être atteint que par la des- truction viulcnte du régime social actuel. Que les classes do- minantes tremblent dei\int une résolution cotnniuniste : les pnjlétaires, eux. n'ont à y perdre i|ue leurs chaines. Ils ont un monde à gagner, »

Pourtant Marx a mis détînitivemcnt en déroute tous le- faiseurs de miracles, tous les fahricant^ de t>elits projets présentés comme autant de panacées propres à sauver la société de la misère capitaliste.

L'idéaliste l'ierre Lavroff, dans la (|uestion de la révolu- tion \ iolcntc. était pleinement d'accord avec Marx, le ma- térialiste. 11 prêcha, durant toute sa vie glorieuse, la Révo- lution au nom de la raison, « de la justice et de l'humanité ». 11 chercha à établir scientiti(|uement que « tout socia- liste (|ui i)cn>e logicjuement doit clic révolutit)nnaire »». Ht il ajoutait toujours (|ue la Révolution ne saurait se faire sans NioKinr ( )i . rinu l..i\inri* a inlUMlnil la philusuphie scientifuiuc en Russie, contnl)Uant anisi plus ijue persoime à la défaite des idées métaphysiciues et théologiqiies dans son pays. 11 fut l'ennemi juré du miracle, y comi)ris le miracle de la transformation sociale par la /Participation des socia- listes au poui'oir bourijeois.

Les partisans de la légalité (luand même se plaisent à citer une Préface dlùigels il trace un tableau magnitîquc de la

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croissance du rarli socialiste pciulaiiL la période légale. Mais les malins oublient d'ajouter qu'Kngels lui-même protestait contre cette publication en aftirmant t]ue ses idées avaient été faussées par l'omission d'une conclusion contenant une aftîrmation nettement révokitionnaire.

On invoque également le mot de Marx cju'en Angleterre la Révolution pourrait se faire pacifiquement et légalement. Dans sa Préface à la traduction anglaise du Capital, Engels, en rap- portant les paroles de son grand ami, écrit : a ■Niais il n'ou- bliait jamais d'ajouter qu'il doutait extrêmement que les classes dominantes, en iAngleterre, cédassent à une révolu- tion pacifique et légale ». {The Capital, Introduction, 1887). 'Autrement dit : la Révolution sera superflue si les classes dominantes se trouvent en goût de suicide. Il est évident que Marx, qui connaissait à fond l'état économique de l'Angle- terre, entendait dire que toutes les conditions matérielles et techniques de la Révolution s'y trouvent réalisées, l^our que la Révolution s'accomplisse, il ne manque que le levier révo- lutionnaire. (( La force est l'accoucheuse de la nouvelle so- ciété ». On ne peut nier les douleurs et les violences de l'en- i!antement sous prétexte que l'embryon se développe dune façon lente et régulière. Autant nier les éruptions volcaniques en alléguant que la géologie moderne a abandonné la théorie catastrophique de la formation de notre terre. L'enfant se développe pacifiquement, a légalement », mais il vient au monde révolutionnaircmcnt. Les forces sotiterraines s'accu- mulent lentement, invisiblement, mais une fois arrivées à un certain degré d'intensité, elles font explosion, (c Les ré- volutions, dans l'Histoire, sont aussi nécessaires que les tem- pêtes dans la nature », écrit ]\Ialon, que les évolutionnistes ne qualifieront pas de « sectaire ».

En 1887, au Congrès de Saint-Gall, Bebel, qui n'a rien d'un rêveur romantique, déclara : « Celui qui dit que le but final du socialisme se réalisera par la voie pacifi- que ne connaît pas ce but final, ou se moque de nous ».

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Il \ a plus. C'est sculeincnl à la i)ériode scientitîquc, basée sur l'idée et le principe de l'évolution, que le socialisme s'af- firme comme révolutionnaire. Les grands utopistes, les Fou- rier, les (Jwen, les Saint-Simon étaient des pacifiques. Ils réclamaient la transformation sociale pour faire l'éco- nomie d'une (( révolution ».

C'était ])récisément la période ou les réformateurs sociaux s'adressaient aux monanjues, réunis à .\ix-la-Chapelle. pour solliciter leur « collaboration •> à la réforme .sociale au nom de la « conservation sociale ». C'était aussi le bon vieux temps le noble rêveur Injurier attendait cbaque jour, à heure fixe, son « millionnaire ». sauveur pacifique de l'htmi i- nité souffrante.

Ke triomphe de l'esprit \ raiment réaliste fut en même temps celui de l'esprit révolutionnaire. 11 n'y a que les em- piricjues. (jui ne voient pas plus loin ([ue le bout de leur ne/ ou (]ui ont intérêt à dissinuiler la vérité historique, pour croire que la Révolution est contraire à l'évolution dont elle n'est, en réalité, (|ue l'aboutissant fatal et irrésistible, .linsi, la période utopiquc du soc'udisuw fut pacifique, f / h.'yîodr scientifique adopte la tactique révolutionnaire.

h'erdinand Lassalle, qui fut le promoteur du suffrage nniwr.scl en Allemagne, homme d'action immédiate et pa- cifie |ue par excellence, i)reconisait la Uésolution comme un mo\en d'aboutir même dans toute leuvre réformiste sé- rieuse.

11 citait de grandes réformes (|ui n'ont pu être réalisées «[ue par une rexolution. Pour lui comme pour tout socialiste moderne, la Kevolulion n'est qu'un nu>ment. inie période de crise dans l'évolution dite n normale >• de la société, une évolution (jui aboutit.

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II. La Révolution comme fait historique.

Les socialistes, ennemis de la violence, dont toute la doc- trine est faite d'organisation, de création, du principe du travail cjui fait vivre, et non de la guerre qui fait mourir, ;/(' dcs'iroii pas la révolution. Mais, en hommes de science et de vérité, ils sont bien obligés de dire ce qui est, pour ne pas induire en erreur le peuple en le nourrissant d'illusions. Et voilà pourquoi Jules Guesde est amené à faire les cons- tatations que voici :

Qui est-ce qui brise le jong de fer de l'unité catholique au xvi" siècle et, par l'introduction du libre examen dans les matières de foi, commence l'affranchissement des consciences? La Réforme, mais la Réforme année, l'épéc d'une main cl Tarcjucbiisc (U' l'autix', c'cst-à-dirc la Rév(.)lution.

C'est la Révolution qui, en 89, supprime les Ordres, sinon les classes, la dîme, le droit d'ainesse, et au druit divin d'uue famille royale substitue au moins sur le papier les « droits de l'homme et du citoyen »,

C'est la Révolution qui, en 1830, même escamotée par les d'Or- léans avec le concours de Lafaycttc, emporte les Chartes Octroyées et les Religions d'Etat.

C'est la Révolution qui, en 1848, institue le suffrage universel, cette souveraineté au moins nominale de la nation.

C'est la Révolution qui, en 1870, enterre déiinitivemcnt, avec l'Empire, la dernière forme de la monarchie et fonde la Répu- i)liquc.

Et je ne parle pas de da Révolution avortée du t8 Mars, qui, si elle avait pu Irioniplicr, eut presqu-: inulilibé nus cfFurl:.-. actuels en « universalisant, comme elle le voulait, le pouvoir et la propriété ».

Ainsi, égalité religieuse, égalité devant la loi, égalité devant le scrutin, ces trois grands pas en avant de notre espèce, sont d'origine, d'essence révolutionnaire. La force seule a pu en faire accoucher ce que l'on appelle aujourd'hui l'ancien régime.

Et il se rencontre des gens pour prétendre qu'il en sera autrement pour l'égalité sociale, autrement dit pour l'attribution à chacun des membres de ila société des mêmes moyens de développement et d'action! Et comment? Pourquoi? A quel titre?

Parce que, à les entendre, les temps seraient changci ; parce que si la Révolution a été et a être l'instrument de tout progrès dans le passé, l'introduction du :-ufFrage universel, la i:ubstitution des voix qui se comptent aux bras qui se heurtent, permet de la reléguer, comme une arme inutile, au musée des Antique, entre Ja Durandal de Roland et ^arqucbu^c à rouet de Catherine de Médicis ; parce «lu'enfni et surtout nous summes en République.

La Révolution destituée de sa fonction histori.|iie par la Réi)U- blique! Le fusil inutilisé par le bulletin de vote! 'S\.\U nos hunn- tabli"^ rontradietiurs nnt iJs pu -- m dehors de liins iL-^irx, qui stiiit Us iiôhi's puiser une pareille assertion, en contradiction llagrante avec tous les faits connus?

Que l'on regarde plutôt vers les Etats-L^nis et vers la Suisse. Si le suffrage universel a été quelque part à même de donner ce « progrés pacifique » dont l'heure serait enfin venue, c'est assuré- ment dans ces deux pays, il fonctionne de longue date, dans les meilleures conditions de liberté, et qui sont de vraies Républiqîies. Eh bien! est-ce pacifiquement, à coups de scrutin, que la Suisse, en 1846, a pu avoir raison du « Cléricalisme qui est l'ennemi ? » Est-ce pacifiquement, à coups de scrutin, que les Etats-Unis, en 1863, ont pu je ne dis pas abolir, mais seulement enrayer l'esclavage noir, l'em- pêcher de remonter vers le Nord? N'est-ce pas au contraire par la force mise au service du droit, révolutionnairement, à coups de canon, dans le sang, que les nègres ont dû, dans l'Amérique du Nord, être arrachés à leur état de bétail et rendus à la qualité d'hommes, et les blancs des cantons lu-'\i't!(iiies satués de T. •MN-.f*/.;)!, ■„.,•)../ r.i>rn- lique romain?

Xous comprenons qu'on le déplore U' dt'ploruiti itous-inimc tins que pcrsounc, mais, qu'il s'agisse d'organisme social ou d'orga- nisme individuel, qui dit enfantement dit déchirement. Pas de vie nouicllc sans effusion de siinc/.

Ce qui du reste, dans le cas actuel, est fait pour nous réconcilier avec cette nécessité, si douloureuse soit-cUc, c'est que i?mni«; Révo- lution n'aura été plus rationnelle et plus légitime.

Des capitaux, en eflfet, qu'il s'agit de reprendre a qiKiqucN-unN peur les rcs'.ituer à tous y compris ces quelque--uns, les uns. comme la terre, ne sont pas de création humaine, sont antérieurs à rhrmmc pour lequel ils sont une condition sine qua m<' '" •-- lenoe. Ils ne sauraient par suite apparlesiir aux uns à \\ n

des autres, .sans que ces autres soient X'olés. Et faire rendre gorge à <les voleurs, les obliger à restituer, a toujours et partout été Considéré, je ne dis pas connue un ilroit, mais comme un devoir, le plus sacré des devoirs. Les autres capitaux (machines, hnnts-four- IV 3

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noaux. clc). (|ui sont irnri.niiK' liuniaiiu'. soiU le rcsullal <lcs cllorts acouiiuilés de la longue si-ric di-s honinics qui nous ont précèdes, et constituent en conséquence l'héritage conniiun de notre espèce, sur lequel nous avons tous les mêmes droits, et qui n'a pu être accaparé par ([Uelques-uns (pie i)ar la violence ou par la fraude, deux moyens d'accpiérir qui sont condamnés et proscrits, même par la légalité bourgeoise d'aujourd'hui.

(Jules Guesde. Collrciirisiiic cl Rcrohilion. 1789, nouv. édit. 1890.)

III. La théorie catastrophique et les sciences naturelles.

Atix vetix (les hommes pett informés ou malavisés, les réxoltitions apparaissent comme « des catastrophes » lom- haiU (Iti ciel. Les évolutionnistes opposent aux ré\olutionnai- rcs les méthodes des sciences naturelles qui nieraient selon eux. les (( catastrophes ». Or, les sciences modernes font, ainsi que le remarque Karl Kautsky, une place de plus en l)lus grande aux soi-disant catastrophes..

11 se produit, écrit-il, une espèce de synthèse des anciennes théories catastrophiques et des nouvelles théories évolutionnistes semblabk^s à celle que le marxisme a déjà effectuée sur elles. Le marxisme distingue entre la lente évolution économique et le bouleversement subit de superstructure politique et économique. De même beaucoup de théories modernes, tant biologiques que géologiques, reconnais- sent, outre l'accumulation des modifications parfois inlimes, des changements de forme soudains, profonds, des cafasfroplics qui ont leur origine dans l'évolution plus lente.

Un exemple remarquable nous est fourni par les observations communiquées par De Vries au dernier Congrès des Sciences na- turelles, tenu à Hambourg. 11 a trouvé que les espèces végétales et animales restent longtemps sans subir de modifications; les unes disparaissent finalement quand elles sont devenues vieilles et ne sont plus adaptées aux conditions d'existence, qui ont changé. D'autres espèces sont plus heureuses : elles « explosent » tout à coup, comme il le dit lui-même, pour donner naissance à nombre de formes nou- velles, dont les unes se maintiennent et se nudtiplient et dont les autres disparaissent parce qu'elles ne sont pas adaptées aux con- ditions d'existence.

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Je n'ai nullement i*inteiui«jn de tirer de v.,.- . .'.iservations une conclusion en faveur de la rcvalution. Ce serait tomber dans la même erreur que si je déduisais de la théorie de l'évolution l'impos- sibilité de la révolution. Mais les observations que nous avons rap- portées prouvent du moins que les naturalistes eux-mêmes ne sont pas d'accord sur le rôle des catastrophes dans l'évolution géolo- ^icjue ou organique. Pour cette seule raison, il serait déjà dange- reux de déduire d'une quelconque de leurs hypothèses le rôle que doit jouer la révolution dans l'évolution sociale.

Tient-on absolument à le faire, nous répondrons par un exemple 1res viilftaire et qui e^t onnnti de chacun: nous montrerons d'tine far. .ti p.'ilpaliK' que la nature, lile au^sj, fait <les sauts. Je veux l)arler de la naissance, de l'accnuchenient. 11 y a un saut. D'un >eul coup, un f«elus, qui constitue une partie de r<^rtianismc de la mère, qui partage sa circulation, qui reçoit d'elle sa nourriture, qui ne respire pas, devient un être humain indépendant, doué d'une cir- culation propre, qui respire et crie, prend sa nourriture propre et l'évacué par l'intestin.

Révolution et naissance procè*<lent donc par sauts, par bonds. Mais l'analogie de ces deux phénomènes ne s'arrête pas là. Examinons-les d'un peu plus près. Nous n<'u> convaincrons alors que, dans la nais- sance, cette transformation soudaine est limitée aux fonctions. Les

-ancs ne se développent que lentement. Il faut que leur dévelop- j .:!îent ait atteint un certain degré: alors est possible le bond qui dégage leurs nouvelles fonctions. Si cet événement se produit avant que ce développement n'ait été atteint, le résultat n'est pas que les nouvelles fonctions des organes conunencent, elles s'arrêtent au contraire et le nouvel être meurt. D'autre part, si le lent dévelop- pement des organes dans le sein de la mère pouvait se poursuivre encore, il leur était impossible de commencer leurs nouvelles fonc- ti<^ns avant l'acte révolutionnaire de la naissance. Celle-ci devient iné- vitable dès que les organes ont atteint un certain degré de déve- loppement.

(Karl Kautskv. /.(/ l\\'-'olulioii sociale.)

IV. Évolution et Révolution ne s'excluent pas.

.Nous trouvons cette tliêso brillaintiUMit exposée chez Iules (iiicsde. Karl Kautskv et (leorijes IMekhaiioff.

Dans tous les ordres, dit Jules (Uiesde. le phénomène révo- lutioiitiaire est précédé dinie période évolutive et vice X'Crsa.

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lùolntiun. les vapeurs condensées en nuages par l'action so- laire, et révolution, la pluie, l^volution, l'œuf ou l'ovule fécondé, transformé en ])oussin ici, en enfant là; et révolu- lion, la coquille (|ui se hrise ou la matrice qui se déchire pour (lonner le jour au nouvel organisme.

l/histoire de Ihumanité ou des sociétés humaines se décompose également en évolutions plus ou moins lentes, cnuroimées par des ré\olulions ])lus ou moins violentes.

l/c\i>hui()n (lu 'J'iers-Jùat, (|ui dura plusieurs siècles et qui l)rovoquent et détermiwent la découverte de l'Amérique, Tin- \cntion des armes à feu. l'échange démesurément agrandi, etc.. entraine la Révolution de 89, qui ne fait que consacrer ou de légaliser la substitution de la classe productive ou utile d'alors, à une noblesse désormais oisive et inutile.

J^a machine et la vapeur eut opéré depuis un siècle une évolution analogue au profit du prolétariat : en remplaçant le travail individuel par le travail collectif ou en commun ; 2"" en transformant en actionnaires et en obligataires sans rôle aucun dans la production les propriétaires de l'ou- tillage industriel et universel ; en multipliant les produits sans augmenter, en réduisant, au contraire, la puissance de consommation de la classe productive, ligotée par le salariat.

L'Allemagne, l'Italie. l'Autriche-Hongrie, l'Amérique ont pu un moment servir de débouchés à cet excédent de la pro- duction ouvrière sur" la consommation ouvrière; mais ces pays, industrialisés à leur tour, non seulement suffisent à leurs besoins, mais exportent encore sur notre marché intérieur.

Et, bien i\\\ç. notre l)Ourgeoisie s'entoure d'une valetaille, maie et femelle, de plus en plus nom])rcuse (deux millions de bouches à nourrir) la voiLâ obligée de ch.ercher en Tunisie, à ^^adagascar, au Tonkin, les acheteurs ou consommateurs (jui lui man(juent. C'est l'ouvrier, c'est le paysan qui, déguisé en soldat ou en marin, fait les frais de cette exportation obli- gatoire. Mais, après ces ])ays lointains saturés de nos niar-

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chandiscs, le problème se posera de nouveau, aussi fatal que le sphynx antique, et sans autre solution, que la Révolution sociale.

(17 décembre i«'^84, Conft'n-nrr- :<. Vinii--. c-()ni])li' rmîii dans le Cri du Peuple.)

L'nc ligne de chemin de ter, cent K. Kautsky, un niuiiàiere iic pcitz'cnt passer graduellement de la forme capitaliste à la forme socialiste. C'est d'un seul coup, dans tous leurs organes, simultan ment, qu'ils peuvent devenir, d'organes du capital, organes de la classe ouvrière. Cependant, cette transformation n'est possible qu'au- tant que tous les organes sociaux ont atteint un certain degré de développement. Remarquons qu'ici le cas est différent s'il s'agit de la société ou de l'organisme maternel : pour la première, il est impos- sible d'établir scientifiquement le moment le degré de maturité nécessaire est atteint.

D'autre i)art, la naissance ne marque pas la tni du dcvcloppe- nient des organes, mais, au contraire, le début de leur nouvelle évolution. I/enfant est placé dans de nouvelles conditions. De nou- veaux organes se créent; ceux qui exi>tent déjà continuent à se parfaire. I,es dents poussent, les yeu.x ai>i)rennciit *< \"'' 1-^ ninn. aisisbent, les jambes n?archent, la bouche parK

Une révolution sociale ne peut donc constituer le ternie de révo- lution sociale; elle est l'origine d'un nouveau développement. Une f révolution socialiste peut, d'un seul coup, faire passer une fabrique. ! propriété capitaliste, dans la propriété sociale. Mais ce n'est que graduellcinent, au cours d'une évolution se poursuivant lentement, qu'on peut transformer la fabrique sévit un travail forcé, mo- notone, rebutant, en un lieu séduisant où, joyeusement, l'homme exercerait son activité. Une révc' pcnirrait aussi faire

entrer d'un seul enup <lans la p: . les grandes exploi-

tations agricnKs. Mais, par contre, dans les régions règne la petite e.vphfitation paysanne, il faut commencer par créer les or- ihines d'une production sociale, socialiste: ce ••• '^ ••' ''• '• '•■••''•• tjue d'une lente érolution.

(l.>i Néiuilution Sociale, p. J^ôo.)

•1)

V. La conception matérialiste de la Révolution.

Marx a doiinc une nouvelle théorie de la Révolution. On peut niènie dire ([ue le marxisme n'est autre chose qu'un Sxstcnic de rcrohition ou. si l'on